La salle d'attente - Charlotte Jossart

La salle d'attente - Charlotte Jossart
DRIIIIIIIIING! DRIIIIIING! Un téléphone sonnait. J'avais beau ouvrir les yeux sur chaque parcelle de cette pièce, rien ne semblait dégager un quelconque bruit. Il y avait cette chaise près de cette table blanche. Dès que je posais mon regard plus d'un centième de seconde dessus, je revenais dix ans en arrière. Maman était assise sur cette chaise en bois, fumant sa cigarette, concentrée sur la gazette. Elle ne se rendait pas compte que je la regardais. Elle ne s'en rendait jamais compte, elle semblait avoir l'esprit ailleurs. Parfois, je m'imaginais être son esprit, je m'amusais à voguer vers différentes destinations. Ma préférée était son enfance. Je ne savais rien de sa jeunesse, de sa famille, je ne connaissais de cette époque juste cette photo de ma mère ayant environ six ans habillée de cette magnifique robe blanche ornée d'un assemblage de fleurs. Il y en avait des tas, des minuscules, des roses, des rouges, des mauves, des jaunes, toutes meublaient les manches de sa robe. Il en avait aussi sur sa ceinture qui entourait sa taille. Maman était blonde, svelte avec de grands yeux vert. J'adorais cette photo, elle était mon ticket pour le paradi. Mon seul paradi ayant jamais existé, c'était cette femme assise sur cette chaise lisant un article parlant de la guerre du golf en fumant une cigarette malboro rouge. Cette image me permettait de m'échapper vers des contrées jusqu'alors inconnues.

Maman est tombée malade peu de temps après. Elle ne s'asseyait plus à cet endroit, elle restait allongée dans le fauteuil. Attendant un certain rétablissement, une raison de se lever et de se battre.Elle a attendue jusqu'en mai 1985 puis plus personne n'a attendu. Après sa mort, je suis restée muette pendant un certain temps, l'envie de parler me semblait incalculablement inutile. Parler à qui? A cet homme que je voyais très peu en raison de ses multiples aller-retour? cet homme qui ne m'a jamais dit qu'il m'aimait? mon géniteur? Son absence, c'était la raison de l'attente de maman, la raison de mon mutisme, de mon monde, de celui de ma mère, de celui de cette chaise abandonnée. Pour ma quinzième année d'existence, il m'a expédié de Londres, un magnifique service contenant six tasses à thé et une théière, le tout accompagné d'une carte d'anniversaire, " Joyeux anniversaire Ely, je t'aime" signé Papa. Je pense qu'en ouvrant cette carte, je suis tombée malade. Il m'aimait donc! Il avait attendu quinze ans pour me le dire. Je suis tombée à la renverse, plus précisément à cette place autrefois occupée par maman, sur ce fauteuil. Je me suis servi une tasse de thé et je me suis mise à attendre...Combien de temps ai-je attendu? Je ne comptais plus les jours, plus les mois. Je me sentais faible, ma faim ne vint plus, je passais ce temps dans l'esprit de Maman, j'étais son enfance. je sentait ses boucles blondes se frotter à son visage, ses grands yeux vert s'émerveiller à chaque brin d'herbe. Puis ce bruit retenti. Ce tintamarre était assourdissant. Je n'étais plus cette douce enfance, j'étais allongée là, toujours attendant, incapable de faire le moindre geste. Un homme venait de paraître devant moi, il semblait inquiet.
- Oh, ma belle Ely... Tiens bon! Papa est là maintenant. Garde les yeux ouvert, l'ambulance va arriver. Ne me laisse pas!
- Papa, tu sais... Je t'ai attendu.

Il venait de s'écrouler. Sa tête posée sur mon ventre, je sentais ses larmes tomber sur mon chemisier...Un grincement dans ma poitrine, je n'attendais plus.

# Posté le mercredi 27 décembre 2006 09:52

Modifié le mercredi 27 décembre 2006 18:19

Elle se présentait bizarrement certes.

Elle se présentait bizarrement certes.
On dit rarement aux enfants quand et comment ils ont été conçu. Je trouve cela révoltant, je suis peut-être né d'un coup de brayette. Je ne peux l'imaginer, je suis un coup comme ça? On ne peut me dire que quelqu'un comme moi a débuté sa vie d'embryon sur un coup. Certes, j'ai peu de souvenirs de mes parents s'aimant, très peu. Ils ont divorçé alors que ma petite personne n'avait que 6 ans, en 1996. Aujourd'hui, j'en ai 10 de plus. Je ne vais pas vous retracer le chemin sans embûche de ces 16 longues années. Vous savez, mon plus grand défaut comme ma plus grande qualité fût le fait que je sois passionnée. Mais ma plus grande passion reste la scène*. J'aime beaucoup la littérature, le cinéma ainsi que la poésie. Je suis quelqu'un d'assez franc, peut-être trop.Certes, j'espère que mes textes, mes articles vous plairont. A bon entendeur, Aurevoir!

# Posté le mardi 12 décembre 2006 09:29

Modifié le mercredi 27 décembre 2006 10:06